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Pauline Bourdon – « Family First »

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Quand la gamine de 17 ans que j’étais a débarqué à Bayonne, je ne m’étais jamais imaginée qu’il serait si dur d’en partir un jour.

Et voilà, 8 ans plus tard c’est avec beaucoup d’émotion que je m’apprête à quitter le pays basque pour rejoindre Toulouse.

Je suis arrivée à Bayonne en 2013, je quittais ma famille et Limoges pour vivre mon rêve, jouer au rugby, aujourd’hui c’est un sentiment un peu similaire, je quitte mon cocon bayonnais pour continuer à grandir en vivant mon rêve.

© Babinet Photography

J’ai atterri à Bayonne sans connaitre personne, dans une ville que je ne connaissais pas mais prête à croquer la vie. Et je peux dire que je suis bien tombée, j’ai fait la connaissance de personnes extraordinaires qui m’ont permis de me sentir chez moi. On est toujours étonnée dans la vie quand des inconnus sont si bienveillants et nous accueillent à bras ouverts.

C’est comme ça que j’ai rencontré Jean Michel Gonzalez qui m’a tout bonnement accueillie chez lui pendant près d’un an.

C’est le genre de trucs qui marquent dans une vie, et quoi qu’il arrive, toutes les personnes que j’ai côtoyées ici se sont fait une place de choix dans mon coeur.

Je ne sais pas si vous vous rendez compte mais c’est pas rien quand des gens se plient en quatre pour que tu puisses vivre ton rêve. Donner sans rien attendre en retour, si ce n’est que je sois la plus épanouie possible. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ont réussi.

J’ai connu beaucoup de premières ici : premier appartement, premières sélections en bleu avec les moins de 20 ans, premier boulot, première sélection avec le XV en 2015 contre l’Angleterre.. Après avoir travaillé en ESAT, j’ai obtenu un boulot à la Mairie de Bayonne. Tout a toujours été fait pour me permettre de devenir la joueuse mais aussi et surtout la femme que je suis aujourd’hui.

On m’a fait me sentir chez moi. « Chez moi ». On m’a beaucoup donné pour que soit le cas et c’est pourquoi c’est sans doute aussi difficile d’en partir. Et pourtant au fond de moi je savais qu’un jour il faudrait en passer par là pour continuer à grandir. Comme ça a été le cas lorsqu’il a fallu couper le cordon pour quitter Limoges.

J’ai déjà eu des propositions par le passé mais je n’étais pas prête, c’était difficile de me projeter en dehors de Bayonne. Et finalement, l’idée a fait son chemin, tout doucement. Il était peut être temps de découvrir autre chose, un nouvel environnement, un nouveau challenge, un autre projet.

Lorsqu’on est bien quelque part on peut facilement s’en contenter parce qu’on sait aussi qu’en tant que sportive de haut niveau, ce n’est pas toujours évident de quitter sa zone de confort. L’inconnu qui entoure des changements si importants nous pousse souvent à chérir ce qu’on a.

Je me dis que c’est aussi et surement comme ça qu’on grandit. À Bayonne j’ai vécu les premiers kiffes de ma carrière avec le titre de Championne de France Elite 2 en 2014 et en 2017 puis la consécration avec la montée en 2018.

© Babinet Photography

C’est l’essence même du sport en réalité, ce besoin de repousser ses limites, montrer qu’on est capable de s’adapter et de performer ailleurs, loin de là où on a acquis le respect et la reconnaissance grâce à ses performances. J’arrive à un moment de ma vie où j’ai sans doute envie de me prouver que je suis capable d’être encore une meilleure joueuse de rugby en repartant un peu de zéro.

Au-delà du sportif, ce qui me fait peur c’est aussi de quitter les gens que j’aime, de repartir de rien et devoir recréer des liens. C’est un vrai bouleversement en fait 🙂

Dans quelques semaines, je vais arriver au Stade Toulousain où je découvrirai un nouvel environnement, un nouveau staff, de nouvelles coéquipières (même si évidemment j’en connais déjà quelques-unes). Je débarque dans un projet ambitieux et j’avoue que c’est assez excitant de faire face à de nouveaux défis.

J’avais un certain statut après 8 ans au sein du même club. Tout changer du jour au lendemain signifie que je vais devoir faire mes preuves, montrer qu’on peut compter sur moi, sur et en dehors du terrain.

À Toulouse, je vais devoir montrer qu’on a eu raison de penser à moi et de me faire confiance. Je suis hyper impatiente de montrer ce que je sais faire, de me frotter à une nouvelle concurrence. Quel formidable moyen de faire évoluer mon rugby et de continuer à progresser !

J’appréhende cette nouvelle étape plus déterminée que jamais. Devoir prouver, ça fait peur mais ça fait aussi terriblement envie. Je me suis mise dans la tête que partir allait m’aider à progresser. Il ne reste plus qu’à passer de la parole aux actes.


À un an de la coupe du monde en Nouvelle-Zélande, ce challenge s’annonce comme une étape importante pour réaliser le rêve d’une vie: soulever cette coupe pour la première fois dans l’histoire du rugby français. En attendant, j’ai beaucoup de taf devant moi pour me donner les moyens d’atteindre mes objectifs.

Si j’arrive à y parvenir ce sera forcément grâce à ces 8 années, grâce au club et à tous les bayonnaises et les bayonnais  qui m’ont permis de devenir la femme que je suis aujourd’hui. Sans eux je n’en serais pas là.

Aujourd’hui c’est un au revoir mais c’est surtout un immense merci que je voudrais vous adresser.

Merci à mon entraineur Jean-Mathieu, au président Gilles Penoche, à toutes mes coéquipières et amies, au Maire Jean-René Etchegaray, à son adjoint Cyrille Laiguillon, aux bénévoles du club, à ma kiné Émilie Larroze et à beaucoup d’autres encore..


Il y aura toujours une partie de mon coeur à Bayonne et ça, c’est grâce à vous.

Pauline.

 

PAULINE BOURDON

International Française, Demi de mêlée de l'AS Bayonne Rugby et du XV de France

Meilleure internationale française
2019

Vainqueur du Tournoi Des 6 Nations
2016, 2018 (Grand Chelem)

Championne de France de rugby à XV de 2e division
2014, 2017

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